France 3 – « J’ai demandé une mission d’information parlementaire ». Le chantier de dépollution de La Rochelle sous la loupe de l’Assemblée nationale

Face aux inquiétudes des riverains et aux dysfonctionnements constatés sur le chantier de dépollution de l’ancien site Enedis à La Rochelle, le député Olivier Falorni a déposé une proposition de mission d’information parlementaire. Objectif : « éviter à d’autres de subir les conséquences d’un tel chantier » et aider, à son niveau.

 

Ce qui a commencé comme un simple chantier de dépollution a rapidement viré à la crise, avec des habitants incommodés par de fortes odeurs et des symptômes physiques.

 

Mais derrière cet événement local se cache un problème bien plus vaste qui touche de nombreuses villes en France. C’est pour cela qu’une mission parlementaire a été proposée par Olivier Falorni, député (Les Démocrates) de Charente-Maritime.

 

En de simples mots, c’est une enquête officielle menée par l’Assemblée nationale. Des députés de différents partis sont chargés de se pencher sur un sujet précis, de collecter des informations, d’auditionner des experts, des entreprises et des représentants de l’État pour en comprendre tous les rouages.

 

Pour Olivier Falorni, l’objectif est double : faire la lumière sur les événements de La Rochelle pour en tirer des leçons à l’échelle nationale.

 

« Il faut proposer des pistes d’amélioration sur le plan réglementaire et législatif et ce qui se passe actuellement à La Rochelle est l’exemple de ce qu’il ne fallait pas faire, explique le député de Charente-Maritime. L’objectif est de comprendre ce qu’il s’est passé et d’encadrer bien mieux la reconversion des friches industrielles en France qu’elle ne l’est maintenant ».

 

L’enquête permettrait de comprendre pourquoi les problèmes sont survenus, si les procédures ont été suivies correctement et si les habitants ont été suffisamment protégés.

 

Ce qui s’est passé et ce qui se passe encore rue Marcel Paul est révélateur de problèmes plus larges concernant la dépollution des anciens sites industriels en France.

 

Olivier Falorni a été le premier à dénoncer une déconnexion entre les faits et les déclarations officielles.

 

Il met en lumière l’échec de la communication et de la gestion de crise. Le cœur du problème ne réside pas dans les analyses de laboratoire, mais dans le vécu des riverains. « La réponse de ‘ça ne dépasse pas les seuils’ alors que des personnes subissent des symptômes n’est pas entendable, continue-t-il. Les vrais seuils, ce sont les symptômes ».

 

Le député dénonce une déconnexion totale. « Il faut que les pouvoirs publics et les entreprises concernées ne répondent pas avec des statistiques à des problématiques réelles. C’est inaudible pour les riverains, les parents et enfants qui ont eu des symptômes de s’entendre dire ; ne vous inquiétez, on est des pros, on connaît notre métier, jamais les seuils n’ont été dépassés ».

 

Ils ont créé un sentiment d’opacité, s’agace le député. Quand vous êtes tout le temps rassurant et jamais dans la remise en cause, il y a de quoi être suspicieux et cette opacité est dangereuse parce qu’elle nourrit les fantasmes et le complotisme, même si des réalités existent ».

 

Pour agir, Olivier Falorni a choisi l’outil de la mission d’information parlementaire tout en soulignant ses limites.

 

« Il ne faut pas la confondre avec une commission d’enquête, qui elle, a le pouvoir contraignant sur les auditions par exemple, explique l’habitué de l’hémicycle. Néanmoins, elle a pour avantage d’être représentative, puisque l’ensemble des groupes parlementaires doit être représenté« .

 

Ce qui garantit une vision globale et pluraliste. Ces travaux, qui peuvent durer six mois, visent plusieurs finalités concrètes. Dans un premier temps, il faut faire une typologie des friches industrielles. « J’ai l’impression qu’aujourd’hui on fonctionne à l’aveugle, regrette Falorni. Sur le chantier ex Enedis par exemple, ils sont peut-être bons ingénieurs, en revanche, ce sont de piètres historiens et piètres communicants ! L’histoire de ce site était connue, on pouvait facilement imaginer qu’on retrouverait un certain nombre de produits nocifs« .

 

Ensuite, outre sur leur état de pollution, Olivier Falorni considère qu’il est urgent de définir le cadre juridique sanitaire et de renforcer le contrôle indépendant. La mission aura aussi pour but de proposer des pistes d’amélioration sur le plan réglementaire et législatif en s’inspirant de ce qui se fait à l’étranger. « Il est primordial de regarder ce qui se passe à l’étranger, propose le maritime. En Allemagne ou aux Pays-Bas, il y a de nombreuses friches industrielles et les normes sont beaucoup plus contraignantes« .

 

Les conséquences du chantier de la rue Marcel Paul sont multiples. Au-delà des symptômes physiques rapportés par les riverains et les enfants du collège Fénelon, l’affaire a révélé un manque de transparence criant.

 

« L’entreprise, qui se disait experte, a fait preuve d’amateurisme et d’incompétence, dénonce Olivier Falorni. La preuve quand ils découvrent des cuves de goudron qu’on savait hydrocarbure, métaux lourds et qu’ils semblent tomber des nues ».

 

L’enjeu va bien au-delà de La Rochelle. Pour le député, la question doit se poser de façon plus générale et nationale. « La reconversion des friches industrielles est un enjeu majeur sur l’aménagement du territoire et la lutte contre l’artificialisation des sols« , conclut le député.

 

« La France compte 150 000 hectares de friches, c’est un stock avec beaucoup de potentiel certes, mais un stock pollué par leur passé. La volonté politique de les réhabiliter est vertueuse, mais le problème est que les opérations de dépollution entraînent des inquiétudes croissantes, surtout quand elles sont au cœur de la ville, à proximité de riverains ». Comme c’est le cas de la rue Marcel Paul, à La Rochelle.

 

L’enjeu est donc non seulement de comprendre le pourquoi du comment en Charente-Maritime, mais de penser aussi à l’avenir, pour que ces incidents ne se reproduisent pas et que l’opacité ne soit plus un obstacle à la sécurité et à la confiance.

 

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