Honneur et déshonneur
Publié le 15 septembre 2025
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J’ai absolument tenu à honorer samedi la mémoire de celles et ceux qui ont résisté à l’occupant nazi en participant au 80eme anniversaire de la Libération de la poche de La Rochelle ( 13 septembre 1944-8 mai 1945) devant le mémorial de Ferrieres d’Aunis, à l’endroit même où 9 civils et 15 maquisards ont été abattus le 16 septembre 1944.
Et pendant ce temps, à La Rochelle, à quelques mètres de la stèle de Chef-de-Baie indiquant le lieu où ont été fusillés des résistants rochelais, une rue porte encore le nom d’un collabo, Jean Torlais.
Les éléments récemment portés à notre connaissance par plusieurs personnalités rochelaises relatifs au passé collaborationniste de Monsieur Torlais, posent un questionnement éthique fondamental.
Bien qu’amnistiée en 1951, honorer, par une rue, une personne ayant été condamnée à la Libération pour faits de collaboration, c’est exposer notre mémoire collective à une forme de contradiction morale.
En effet, cette amnistie efface sa condamnation sur le plan juridique, mais n’efface pas les faits constitutifs, cela reviendrait à réécrire l’Histoire.
Monsieur Fountaine a pris appui sur le cadre légal pour justifier le maintien du nom, ce qui relève de l’obstination déraisonnable.
En effet, le droit ne saurait totalement clore le débat de mémoire.
Plusieurs villes françaises ont su dépasser le seul cadre juridique pour engager une réflexion citoyenne sur les noms de leurs rues, en tenant compte de
l’histoire, des sensibilités, et de la nécessité d’honorer des figures qui rassemblent.
Dans cette perspective, j’ai écrit à son remplaçant, monsieur Guiraud, afin de redénommer cette rue en hommage à une personnalité rochelaise porteuse des valeurs de courage, d’engagement et d’humanité.
Il ne s’agit pas de juger le passé à l’aune du présent, mais de choisir aujourd’hui qui nous voulons continuer d’honorer dans l’espace public.
Et sûrement pas d’honorer la mémoire d’un collabo, à proximité d’un lieu où sont tombés tant de résistants.