La Tribune Dimanche – « Shein ne démocratise rien, il détruit tout », par Sandrine Le Feur, présidente de la commission du développement durable, et 82 députés
En s’installant au BHV, Shein tente de se donner bonne figure. Mais pour 83 députés, la fast fashion chinoise reste un modèle toxique, destructeur pour l’environnement, l’emploi et la santé publique. Ils appellent ici à son interdiction en France.
Ce n’est pas la mode qui se démocratise, c’est Shein qui se dédiabolise. Le visage le plus brutal de la fast fashion a fait son apparition au BHV, dans un des magasins français les plus emblématiques, et s’offre une respectabilité de façade, comme si quelques portants bien éclairés pouvaient masquer l’envers du décor alors qu’il détruit la planète, nos emplois et la santé des consommateurs. Une mesure s’impose : l’interdiction de Shein sur le territoire français.
Shein, c’est d’abord une catastrophe environnementale. C’est l’incarnation d’un modèle industriel fondé sur la surproduction et le jetable. L’entreprise met en ligne des milliers de nouveaux produits chaque jour, fabriqués à bas coût en Chine, transportés par avion, portés seulement quelques fois avant d’être jetés, tant la qualité est mauvaise.
Derrière chaque tee-shirt à 3 euros, ce sont des tonnes de CO2 émises, des rivières polluées par les teintures chimiques, et des montagnes de déchets textiles envoyés en Afrique ou en Asie. À l’heure où la France s’engage à réduire ses émissions et à promouvoir une économie circulaire, continuer à tolérer ce modèle, c’est choisir le cynisme contre la cohérence.
Une enquête publiée la semaine dernière a révélé la présence de produits chimiques et de substances dangereuses – notamment pour les enfants et les femmes enceintes – comme le plomb dans les vêtements et accessoires Shein, parfois à des taux largement supérieurs aux normes européennes. En laissant ces produits toxiques inonder notre marché, nous mettons sciemment la santé publique en danger. Sans parler des récents scandales des poupées pédopornographiques et des armes de catégorie A en vente sur la plateforme, qui révèlent jusqu’où cette entreprise est prête à aller, au mépris absolu de toute éthique.
Certains défendent Shein au nom du « pouvoir d’achat », mais les classes populaires ne sont pas condamnées à s’habiller avec des produits de mauvaise qualité, tout comme elles ne sont pas condamnées à manger de la malbouffe. Une politique progressiste devrait au contraire garantir à chacun l’accès à des produits durables, réparables, fabriqués dans des conditions justes : en soutenant les circuits courts, les ressourceries, la seconde main et les entreprises locales. La vraie démocratisation de la mode passe par la qualité pour tous, pas par l’exploitation pour quelques-uns.
Les marques françaises et européennes sont soumises à des règles strictes : salaire minimum, normes environnementales, contrôles qualité. Shein, de son côté, profite de failles réglementaires et de la sous-déclaration des prix à la douane pour échapper aux taxes. Résultat : nos créateurs, artisans et PME de la mode ne peuvent rivaliser avec ces prix artificiellement bas. En quelques années, cette concurrence déloyale a détruit des milliers d’emplois en Europe et vidé de leur sens les notions mêmes de savoir-faire et de durabilité.
Les initiatives d’autorégulation, les promesses de mode plus responsable, les campagnes de greenwashing de Shein ne suffisent plus. Tant que le modèle économique reposera sur la surproduction, aucune réforme interne ne pourra le rendre durable.
Interdire Shein, ce n’est pas brider la liberté de consommer. C’est affirmer que certaines pratiques sont incompatibles avec nos valeurs collectives et nos engagements climatiques. C’est protéger les travailleurs, la santé publique et la planète. La France, pionnière des lois antigaspillage et de la responsabilité environnementale, doit être à la hauteur de ses principes.
Laisser Shein prospérer, c’est renoncer à tout cela. Et puisque le débat ne peut plus se contenter d’indignation, la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale a convoqué les dirigeants de Shein pour enfin les entendre sur leurs pratiques. Une audition qu’ils avaient tenté d’esquiver. Shein n’est pas un modèle d’avenir, c’est une impasse. Il est temps d’y mettre fin.
- Antoine Armand, député de Haute-Savoie
- Erwan Balanant, député du Finistère
- Fabrice Barusseau, député de Charente-Maritime
- Marie-Noëlle Battistel, députée de l’Isère
- Christophe Blanchet, député du Calvados
- Bertrand Bouyx, député du Calvados
- Jean-Michel Brard, député de la Loire-Atlantique
- Anthony Brosse, député du Loiret
- Stéphane Buchou, député de Vendée
- Céline Calvez, députée des Hauts-de-Seine
- Pierre Cazeneuve, député des Hauts-de-Seine
- Vincent Caure, député des Français établis hors de France (Europe du Nord)
- Lionel Causse, député des Landes
- Paul Christophe, député du Nord
- Josiane Corneloup, députée de Saône-et-Loire
- Stéphane Delautrette, député de la Haute-Vienne
- Julie Delpech, députée de la Sarthe
- Nicole Dubré-Chirat, députée du Maine-et-Loire
- Peio Dufau, député des Pyrénées-Atlantiques
- Romain Eskenazi, député du Val-d’Oise
- Philippe Fait, député du Pas-de-Calais
- Olivier Falorni, député de Charente-Maritime
- Denis Fégné, député des Hautes-Pyrénées
- Jean-Marie Fiévet, député des Deux-Sèvres
- Jean-Luc Fugit, député du Rhône
- Anne Genetet, députée des Français établis hors de France (Asie, Océanie et Europe orientale)
- Olga Givernet, députée de l’Ain
- Guillaume Gouffier Valente, député du Val-de-Marne
- Justine Gruet, députée du Jura
- Ayda Hadizadeh, députée du Val-d’Oise
- Michel Herbillon, député du Val-de-Marne
- Jean-Michel Jacques, député du Morbihan
- Sandrine Josso, députée de Loire-Atlantique
- Brigitte Klinkert, députée du Haut-Rhin
- Michel Lauzzana, député du Lot-et-Garonne
- Marie Lebec, députée des Yvelines
- Pascal Lecamp, député de la Vienne
- Vincent Ledoux, député du Nord
- Didier Le Gac, député du Finistère
- Nicole Le Peih, députée du Morbihan
- Guillaume Lepers, député du Lot-et-Garonne
- Emmanuel Mandon, député de la Loire
- Christophe Marion, député du Loir-et-Cher
- Éric Martineau, député de la Sarthe
- Sandra Marsaud, députée de Charente
- Laurent Mazaury, député des Yvelines
- Stéphane Mazars, député de l’Aveyron
- Graziella Melchior, députée du Finistère
- Sophie Mette, députée de Gironde
- Laure Miller, députée de la Marne
- Paul Molac, député du Morbihan
- Jean Moullière, député du Nord
- Hubert Ott, député du Haut-Rhin
- Jimmy Pahun, député du Morbihan
- Sophie Panonacle, députée de Gironde
- Sophie Pantel, députée de Lozère
- Constance de Pélichy, députée du Loiret
- Maud Petit, députée du Val-de-Marne
- Christine Pirès Beaune, députée du Puy-de-Dôme
- Natalia Pouzyreff, députée des Yvelines
- Richard Ramos, député du Loiret
- Nicolas Ray, député de l’Allier
- Véronique Riotton, députée de Haute-Savoie
- Charles Rodwell, député des Yvelines
- Vincent Rolland, député de Savoie
- Xavier Roseren, député de Haute-Savoie
- Fabrice Roussel, député de Loire-Atlantique
- Jean-François Rousset, député de l’Aveyron
- Sébastien Saint-Pasteur, député de Gironde
- Laëtitia Saint-Paul, députée du Maine-et-Loire
- Violette Spillebout, députée du Nord
- Thierry Sother, député du Bas-Rhin
- Jean-Pierre Taite, député de la Loire
- Vincent Thiébaut, député du Bas-Rhin
- Nicolas Turquois, député de la Vienne
- Frédéric Valletoux, député de Seine-et-Marne
- Antoine Vermorel-Marques, député de la Loire
- Corinne Vignon, députée de Haute-Garonne
- Anne-Cécile Violland, députée de Haute-Savoie
- Stéphane Viry, député des Vosges
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