Les Echos – Municipales 2026 : à La Rochelle, la délicate succession de Fountaine, démissionnaire surprise
Le maire élu en 2014 a quitté son fauteuil sur un coup de théâtre un an avant l’échéance, non sans introniser un successeur désigné. Pas certain que la manoeuvre suffise avec, potentiellement, trois listes au centre, une union de la gauche et un retour de l’extrême droite.
Après avoir longtemps réfléchi à un troisième mandat, Jean-François Fountaine a pris La Rochelle de court à la veille de l’été. Moins en choisissant de ne pas se représenter, à 74 ans, qu’en rendant l’écharpe le 6 juin ; une démission « avec effet immédiat ».
Une fois écartées les inquiétudes sur la santé du maire divers gauche macroniste (« je suis en pleine forme », assure l’ancien marin), la politique a repris le dessus dans la cité de 80.000 habitants. Car le retrait anticipé du skipper solitaire de Charente-Maritime, ancien PDG du constructeur nautique Fountaine Pajot, n’est que partiel : le vieux loup de mer reste président de l’agglomération jusqu’aux prochaines élections.
Une situation dénoncée par les oppositions comme « une mascarade », « une imposture », « une magouille » pour imposer son dauphin, Thibaut Guiraud, adjoint aux finances en mal de notoriété. Le successeur désigné de 44 ans a été installé comme premier magistrat le 16 juin, mais avec du tangage dans la majorité et l’abstention de 11 récalcitrants.
« Il était l’heure de tourner la page », justifie Jean-François Fountaine, entré il y a trente ans dans le conseil municipal de Michel Crépeau, maire de 1971 à 1999. « Il faut préparer la nouvelle génération. Thibaut Guiraud doit se faire la main et se faire connaître de nos concitoyens. Le cap est bon mais il faut un nouveau capitaine », estime le démissionnaire, qui revendique « un bilan économique empreint de valeurs environnementales et sociales ».
Il confie la barre à un chercheur en santé, « un atout pour une population vieillissante », par ailleurs ancien joueur de rugby : un détail qui « devrait séduire les Rochelais », espère-t-il.
« Cette pantalonnade masque le naufrage d’une fin de mandat catastrophique. Normalement, le capitaine est le dernier à quitter le navire », ironise le député (non encarté) Olivier Falorni, son adversaire en 2020. Celui-ci n’a encore « rien décidé » pour sa candidature : il a acquis avec le débat sur la fin de vie une stature nationale et renvoie sa décision « à l’automne » après les débats sur sa proposition de loi sur « l’aide à mourir » au Sénat.
C’est le troisième chapitre d’un feuilleton local démarré en 2012. A l’époque, La Rochelle avait été le théâtre d’un affrontement retentissant entre Ségolène Royal et le dissident socialiste d’alors Olivier Falorni, tombeur aux législatives de l’ancienne ministre (et présidente de Poitou-Charentes) avec le soutien de… Jean-François Fountaine.
Mais le duo avait viré au duel aux municipales 2020, où les deux hommes s’affrontaient : le maire sortant, devancé au premier tour, a remporté le second avec 181 voix d’avance sur le député – réélu trois fois à l’Assemblée nationale, toujours sans étiquette.
Olivier Falorni critique le « bilan gris béton » de Jean-François Fountaine, en dépit du slogan « Territoire zéro carbone » de la municipalité : « une urbanisation galopante, et sans plan de végétalisation, qui a favorisé le développement des locations de vacances meublées ».
Pour lui, quelque 6.500 Airbnb « empêchent les jeunes et les familles de se loger » en attendant l’issue du bras de fer juridique engagé par la mairie contre la plateforme. « Une prise de conscience tardive », regrette le député, vent debout contre « la transformation de La Rochelle en Cannes de l’Atlantique ».
Ses troupes le pressent de se lancer : « les soutiens viennent à nous spontanément. On a déjà deux listes et demie, à parité », assure Franck Coupeau, son porte-flingue au conseil municipal – où Falorni ne siège pas. Ses adversaires de gauche rappellent qu’il a viré de bord en siégeant aux côtés des élus Modem à l’Assemblée : « Même s’il est favori, ça lui fait deux lourdes casseroles », estime Jean-Marc Soubeste, élu EELV.
Pour l’heure, personne n’est officiellement en lice à l’exception de la socialiste Maryline Simoné : l’ancienne adjointe de Maxime Bono (maire de la ville de 1999 à 2014), sans mandat depuis 2021 mais investie par son parti dès avril, reprend du service. Elle souhaite « conduire une liste d’alliance ».
« PS, EELV, LFI, Place publique et un collectif citoyen discutent sans oukase », confirme l’écologiste Jean-Marc Soubeste. L’union pourrait toutefois achopper sur la stratégie pour l’agglomération : un maire-président ou un binôme ?
Pendant ce temps, le Rassemblement national, absent en 2020, prépare une candidature : probablement l’eurodéputée Séverine Werbrouck. Et une figure émerge au centre droit : Christophe Batcabe, chef d’entreprise et président d’une « association citoyenne apolitique » constituée en 2024 pour « retrouver un espace de débat dans une ville où il a disparu », dit-il.
Son association a accouché « d’éléments programmatiques » sur les dossiers qui alimenteront la campagne : l’urbanisme, le logement, mais aussi les mobilités, perturbées par l’élargissement du centre-ville piéton et la fermeture d’un pont routier en péril, ainsi que le nouvel hôpital, dans une impasse.
Ce potentiel outsider a été adoubé fin juillet par Les Républicains, avant que la commission d’investiture ne plaide l’erreur, l’intéressé n’ayant pas (encore ?) officialisé ses intentions, ni sollicité le parti de Bruno Retailleau. L’expérience montre qu’à La Rochelle, mieux vaut éviter les étiquettes…
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