Proposition de résolution, invitant le Gouvernement à reconnaître les fanfares comme patrimoine vivant
La France se distingue historiquement par la richesse et la diversité de son patrimoine culturel immatériel, qui participe pleinement à l’identité de la Nation et à la vitalité de ses territoires. Les fanfares, harmonies et pratiques musicales collectives en constituent l’une des expressions les plus emblématiques : elles incarnent une tradition vivace, fruit de la créativité populaire, et représentent un trait d’union entre générations, classes sociales, milieux urbains et ruraux.
Issues d’un foisonnement associatif né au XIXe siècle dans le sillage de la démocratisation de la musique et de l’éducation populaire¹, les fanfares occupent aujourd’hui une place prépondérante dans la vie locale, en animant fêtes calendaires, cérémonies civiles, événements sportifs, commémorations ou rassemblements populaires. À la fin du XIXe siècle, on estimait à 500 000 le nombre de Français jouant au sein d’une fanfare ou d’un orchestre d’harmonie, représentant alors trois quarts des effectifs des sociétés de musique dans notre pays. En s’appuyant sur l’engagement bénévole et le tissu associatif, elles favorisent la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance, tout en luttant contre l’isolement, notamment en milieu rural ou dans les quartiers prioritaires.
La tradition des fanfares est également porteuse de valeurs de transmission, d’émancipation et d’éducation. Espace d’apprentissage ouvert à toutes et à tous, la fanfare contribue à la démocratisation culturelle : elle permet chaque année à des milliers de jeunes et de personnes issues de milieux éloignés de l’offre culturelle de découvrir la musique, de développer écoute, discipline et travail collectif. Comme le souligne Mustapha Boudjemai, directeur de la Confédération musicale de France, « les fanfares domineront largement la vie musicale amateur dans l’Hexagone » durant leur âge d’or, favorisant une approche inclusive et festive de la musique.
D’autres pays européens, comme l’Italie, la Belgique ou l’Espagne, valorisent eux aussi la tradition des fanfares, mais la France se distingue par la densité de son réseau. Les efforts engagés pour préserver et renouveler ce patrimoine vivant reposent à la fois sur les collectivités territoriales, l’État et l’engagement associatif.
La reconnaissance des fanfares s’est renforcée ces dernières années avec la mise en œuvre du « plan fanfare » national lancé en 2021 par le ministère de la Culture, qui a permis de soutenir plus de 1 500 projets d’apprentissage, de formation ou d’innovation artistique. Ce dispositif ambitieux, doté de crédits spécifiques, a été salué, mais reste confronté à trois défis majeurs : la précarité des financements, la difficulté à attirer de nouveaux pratiquants, et une concurrence accrue d’autres formes d’expressions culturelles plus médiatisées.
Dans un contexte de recomposition du vivre ensemble, la reconnaissance des fanfares comme patrimoine vivant invite à agir. Il convient, au‑delà d’une reconnaissance symbolique, d’assurer la pérennité d’un réseau associatif souvent menacé, de valoriser la transmission des savoir‑faire, de renforcer les passerelles avec l’enseignement artistique, de promouvoir ces ensembles lors des grands rendez‑vous nationaux (olympiades culturelles, commémorations, festivals). Il s’agit également de donner à la France un rôle moteur dans la valorisation des pratiques musicales collectives en Europe, en soutenant leur inscription à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel et leur reconnaissance par l’UNESCO, à l’instar des tambourinades espagnoles déjà inscrites.
Par cette résolution, l’Assemblée nationale entend affirmer l’importance de soutenir, faire rayonner et transmettre aux générations futures ce patrimoine collectif qui irrigue la France de son esprit festif, solidaire et créatif.
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