Sud Ouest – Aide active à mourir : « Non, les malades en fin de vie n’abandonnent pas », répond Falorni à Retailleau
Alors que l’examen du texte sur la fin de vie reprendra le 28 avril, le député de Charente-Maritime Olivier Falorni rejette les récents propos du ministre de l’Intérieur.
Portée par Olivier Falorni, la proposition de loi sur l’aide active à mourir va entrer dans la dernière droite. L’examen en commission reprendra le lundi 28 avril à l’Assemblée nationale, avant un vote attendu fin mai, à l’issue des débats dans l’Hémicycle. Avec cette particularité : les députés ne voteront pas sur un texte mais deux, François Bayrou ayant décidé de scinder ce difficile sujet de la fin de vie avec d’un côté les soins palliatifs et de l’autre l’aide active à mourir. Toutefois, ces derniers jours ont montré que le débat est loin d’être apaisé.
Le dimanche 13 avril, sur le plateau de LCI, Bruno Retailleau, le très droitier ministre de l’Intérieur, candidat à la présidence du parti Les Républicains, a en effet vivement critiqué cette perspective de voir les victimes de maladie incurable recourir à une aide active à mourir. Le locataire de Beauvau dénonce un « texte d’abandon » allant « dans le très mauvais sens » : « Demain, ce que je crains, c’est qu’il soit beaucoup plus facile de demander la mort que d’avoir des soins. »
Une critique qui a heurté Olivier Falorni : « Jusque-là, Bruno Retailleau exprimait ses convictions, c’est légitime et utile pour le débat public. Mais, là, il assène des certitudes qui peuvent être blessantes pour les premiers concernés. »
« Le terme ‘‘abandon’’, poursuit-il, a d’ailleurs été vécu très douloureusement par certains malades en fin de vie. Eux, ils n’abandonnent pas face à la maladie, ils savent que la maladie sera la plus forte, ce n’est pas l’aide à mourir qui va les tuer, c’est la maladie. Et ces propos de Bruno Retailleau ont également été mal vécus par les proches de malade, car le terme ‘‘abandon’’ laisse entendre qu’eux aussi abandonnent le malade qui décide de partir en Suisse ou en Belgique pour mettre un terme à ses souffrances. Non, les malades n’abandonnent pas et leurs proches ne les abandonnent pas non plus. »
À un peu plus d’un mois du vote, Olivier Falorni a enregistré le soutien de Gérald Darmanin, le ministre de la Justice. Le mardi 15 avril, au micro de RTL, le garde des Sceaux s’est déclaré « très favorable » à l’aide active à mourir, regrettant les mots « durs » de Bruno Retailleau. De quoi rasséréner Olivier Falorni : « Dans ce gouvernement, trois des quatre ministres d’État, Élisabeth Borne, Gérald Darmanin et Manuel Valls, soutiennent totalement ma proposition de loi. De même que Catherine Vautrin, la ministre de la Santé, a été claire en qualifiant ce texte d’’’équilibré’’. »
Si le sujet continue de faire débat, Olivier Falorni a obtenu de François Bayrou l’assurance que ce texte sera bien soumis au vote des députés en même temps que celui sur les soins palliatifs. « En mars, j’ai rencontré le Premier ministre en tête-à-tête. Je sais bien qu’il n’est pas favorable à l’aide à mourir, mais il a parlé avec modération. Il m’a assuré qu’il voulait que les députés se prononcent sur les deux textes. » Et d’insister : « Aucune loi de société n’a été autant débattue et disséquée en amont que celle-ci – ça fait dix ans que ce texte est débattu ! Si jamais il devait ne pas y avoir de vote, beaucoup de Français pourraient se demander à quoi sert ce mandat. »
En commission, les députés ont écarté plusieurs extensions de l’aide active à mourir. En effet, les amendements visant à élargir ce droit aux mineurs et aux ressortissants étrangers ont été écartés. Tout comme ceux souhaitant intégrer les directives anticipées. Sur ce dernier point, précise Olivier Falorni, « la notion de consentement jusqu’au bout a été considérée comme nécessaire ». Les députés ont néanmoins adopté un amendement permettant aux malades de choisir entre le suicide assisté – le malade s’auto-administre la substance létale – ou l’euthanasie – c’est le médecin ou l’infirmier qui officie. Si cet amendement a été critiqué, en particulier par la droite, le député charentais-maritime l’a soutenu : « Dans la version initiale du texte, il y avait déjà la possibilité de choisir. Et quelle que soit la modalité retenue, il y aura toujours un médecin ou un infirmier pour vérifier que tout se passe normalement. Laissons au malade ce choix. Et encore une fois, cela ne va pas augmenter le nombre de personnes pouvant recourir à l’aide à mourir. »
S’il a regretté la scission du texte sur la fin de vie en deux par le Premier ministre, Olivier Falorni y voit néanmoins un avantage : « Si l’aide active à mourir est adoptée, elle aura plus de légitimité, car on ne pourra pas dire qu’elle a été votée parce que les soins palliatifs étaient glissés avec. Là, les députés vont se prononcer sur ce droit et rien d’autre. »