Sud Ouest – Charente-Maritime : un gala caritatif, des forts relents d’extrême droite et beaucoup de gêne
Manifestation d’un collectif contre l’extrême droite, mise en garde des parlementaires, machine arrière du Stade Rochelais Basket qui figurait parmi les lauréats… La Nuit du bien commun, cofondée par Pierre-Édouard Stérin, qui se tient ce mercredi 24 septembre à Benon fait déjà couler beaucoup d’encre.
« Une grande soirée de levée de dons au service d’associations » pour ses organisateurs. « Un gala d’extrême droite privé sous couvert de caritatif » pour ses détracteurs. La première édition de la Nuit du bien commun qui se déroulera ce mercredi 24 septembre à l’Abbaye de la Grâce-Dieu, sur la commune de Benon, aurait presque pu passer inaperçue.
Mais c’était sans compter sur le collectif « Aunis contre l’extrême droite ». Les signataires, soit une vingtaine d’associations, syndicats et partis politiques (Ligue pour les droits de l’Homme, Mouvement pour la paix 17, La France insoumise…) appellent à manifester le jour même devant les portes de ce haut lieu privé de fêtes de mariage et de séminaires d’affaires situé au nord de la Charente-Maritime.
Les opposants au gala dénoncent la mainmise de Pierre-Édouard Stérin – le patron du groupe Smartbox, spécialisé dans la vente de coffrets cadeaux, devenu milliardaire et proche de la droite et de l’extrême droite française – sur l’événement. Il en est l’un des cofondateurs (mais a quitté le conseil d’administration cet été).
Depuis quelques mois, l’homme d’affaires ultra-conservateur qui investit dans les universités et les clubs sportifs ne cache plus ses ambitions pour faire gagner ses idées identitaires et financer le Rassemblement national en vue notamment des prochaines élections. Organisées un peu partout en France, les Nuits du bien commun consistent à réunir des mécènes, qui vont participer à des enchères décroissantes, au profit d’associations diverses.
Mais pour les organisateurs de la manifestation du 24 septembre, c’est l’arbre qui cache la forêt. « Le but réel est en fait de tisser des réseaux locaux de la petite et de la grande bourgeoisie locales, chrétiennes, réactionnaires, anti-IVG… Les Nuits du bien commun, en apparence neutre, sont une des vitrines les plus efficaces de cette stratégie. De nombreuses associations en quête de soutien financier, d’accompagnement et souvent de bonne foi s’y associent sans connaître les implications de long terme ni les liens idéologiques sous-jacents », expliquent-ils dans un long communiqué.
Ce lundi 22 septembre 2025, les députés Benoit Biteau, Olivier Falorni et Fabrice Barusseau et le sénateur Mickaël Vallet sont à leur tour montés au créneau. « Sous couvert de philanthropie, cette opération transforme le champ associatif en outil d’influence au service d’une idéologie réactionnaire, n’hésitant pas à remettre en cause l’égalité femmes-hommes, le droit à l’avortement, les droits des personnes LGBTQIA +, l’accueil des migrants, la laïcité et même la fraternité républicaine. Elle oppose charité et justice sociale, hiérarchie et égalité, morale et droits », écrivent-ils dans un communiqué de presse.
La preuve selon eux d’une manipulation des acteurs locaux : « l’enrôlement abusif » du Stade Rochelais Basket, annoncé un temps comme lauréat 2025. C’est en tout cas ce que certains auront pu croire en découvrant sur le site officiel de la Nuit du bien commun que la section handisport du club rochelais figurait parmi les six heureux élus censés monter sur la scène de l’Abbaye de la Grâce-Dieu pour défendre leur projet. Or le club de basket n’aurait jamais donné son feu vert.
« On est lauréat de rien du tout ! On a été sollicité, réagit Cyril Moiroud, président de l’association Stade Rochelais Rupella. J’ai envoyé mon manager qui s’est renseigné et a participé à une réunion. Mais ça s’est arrêté là. » « Il y a quelques jours, on a découvert qu’ils avaient monté tout un truc autour d’un prétendu tournoi de handisport, qu’ils avaient utilisé notre logo alors qu’on ne leur a jamais envoyé. Il n’y a jamais eu un début de projet pour participer à ce genre d’événements. L’affaire est donc close », nous assurait encore jeudi dernier Cyril Moiroud. Des propos également tenus à nos confrères du quotidien « Libération ».
Depuis, le logo jaune et noir a bien été retiré du site web à la demande de l’association Stade Rochelais Rupella. Mais peut-être pas parce que le club aurait été abusé comme les députés semblent le penser. Car pour les organisateurs de la Nuit du bien commun, « les dirigeants ont bien validé leur participation pour solliciter des dons et étaient tout à fait consentants » comme le prouvent de nombreux échanges par mail que « Sud Ouest » a pu consulter.
On y lit que le 22 juin, le club a validé sa candidature sur le site de la Nuit du bien commun ; le 26 juin, son projet de tournoi handisport est retenu parmi les six lauréats ; le 2 juillet, la charte des lauréats est signée par les dirigeants, le logo bien envoyé en pièce jointe ; le 9 juillet, les lauréats participent à une visio dans laquelle on leur explique « le contexte médiatique ». Enfin, le 4 septembre dernier, l’un des membres monte à Paris pour préparer la prise de parole sur scène du 24 septembre.
Alors instrumentalisation d’une part, naïveté de l’autre ? Sentant certainement le vent tourner et poindre la polémique sur une participation quelque peu embarrassante à un gala sous pression, les dirigeants du Stade Rochelais Basket ont en tout cas bien fait machine arrière.
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