Sud Ouest – En Charente-Maritime, la difficile transformation de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré
Plus grande maison centrale de France, la prison de Saint-Martin-de-Ré est aussi l’une des plus anciennes. Si la propension criminelle des détenus ne semble pas s’y multiplier, les transformations non plus
Ce lundi 7 juillet 2025, le député de la 1re circonscription de la Charente-Maritime, Olivier Falorni, était en visite à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré. L’une des rares occasions pour la presse de pouvoir pénétrer ces lieux et de poser des questions à l’encadrement de l’établissement, par l’intermédiaire du parlementaire, toujours.
Cette prison, « qui fête ses 150 ans cette année » selon le député, est la plus grande maison centrale de France, avec ses 396 détenus (exclusivement des hommes, qui purgent de lourdes peines). La moitié d’entre eux travaillent au sein de la prison. Le détenu le plus âgé a 82 ans et les cellules mesurent moins de 7 m2. Sur place, travaillent à peu près 250 membres du personnel pénitentiaire. Si les précédentes années étaient marquées par une vraie difficulté à recruter des agents, aujourd’hui les postes sont occupés à 92 %. Voilà pour les chiffres que l’on a réussi à glaner.
En pénétrant la maison centrale, il est possible de jauger la vétusté du bâtiment au bruit des lourdes clés que les gardiens ont en main, réminiscence d’une autre époque. Sur un tableau d’affichage, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est placardée à côté des horaires pour la buanderie. Sacré mélange. La visite se poursuit par les cellules du quartier de discipline, où les détenus ne disposent plus que d’un matelas, de toilettes, d’un tabouret et d’un bureau. Difficile de faire moins.
En février 2025, le Conseil d’État a reconnu le caractère indigne de l’établissement, qui devait par conséquent s’occuper de désinsectiser les cellules et de doter les douches d’eau chaude. Cela a-t-il été rectifié ? « Pour les insectes, nous avons mené une campagne de désinsectisation, mais le problème c’est qu’il y a de la nourriture dans les cellules des détenus. Pour l’eau chaude, nous avons procédé à des mesures de la température », explique le directeur de manière évasive. Nous n’en saurons pas plus.
Olivier Falorni était surtout là ce lundi pour voir comment s’appliquera la nouvelle loi de lutte contre le narcotrafic. « J’ai notamment travaillé sur la création d’une nouvelle infraction : celle de la communication illicite entre l’intérieur et l’extérieur des prisons », assure le député. Même si à Saint-Martin-de-Ré, le problème des portables dissimulés ne semble pas prépondérant. De même pour les drones. Et si les incivilités de la part des détenus sont assez nombreuses, les violences au sein de la prison semblent être contenues, selon le directeur. Un agent croisé au cours de la visite expliquera tout de même s’être fait mordre par un détenu il y a quelques mois.
Dans les têtes, l’évasion de Mohamed Amra est encore très présente, un an après les faits. Deux agents pénitentiaires tués par arme à feu, ça marque, même à quelques centaines de kilomètres. « Ça devait arriver, c’était prévisible », se contentera de commenter le directeur de la prison.
À la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré, les travaux contre les « casinos » (ces bâtiments communs dans les cours de promenade qui avaient été détournés par certains prisonniers pour de la propagande salafiste) continuent. Ces bâtiments clos sont peu à peu éventrés vers l’extérieur, pour éviter les activités dissimulées.