Sud Ouest – La Rochelle : vers « un chemin de sortie de crise » pour le bois de la Faucherie et l’aéroport

Une réunion des collectivités, élus et militants de la nature a eu lieu ce vendredi 12 décembre en préfecture. Compensation, calendrier, Aviation civile… Le point avec le préfet de Charente-Maritime, Brice Blondel.

 

La réunion organisée ce vendredi 12 décembre au matin, en préfecture, autour du bois de la Faucherie et de l’aéroport de La Rochelle-Île de Ré, laisse entrevoir « un chemin de sortie de crise », dixit Brice Blondel, le préfet de Charente-Maritime.

 

Des associations comme la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ou Nature environnement 17 et un collectif citoyen se mobilisent, depuis près d’un mois, pour s’opposer au projet du syndicat mixte départemental qui gère l’infrastructure de faire procéder à la réduction du bois privé qui jouxte les pistes et constitue, aux yeux de l’Agence européenne pour la sécurité aérienne, de par la hauteur d’une partie des arbres, un « obstacle » à l’atterrissage en toute sécurité des avions de ligne.

 

Début 2024, un accord avec les propriétaires avait été trouvé pour l’abattage de 129 arbres et l’écimage de 258, puis un nouveau diagnostic de l’Office national des forêts a fait monter le nombre d’arbres à abattre à 599. Et voilà quelques jours, la négociation menée par l’équipe de Thibaut Guiraud, le maire de La Rochelle, a amené la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) à accepter de revenir au plan de 2024. Depuis, des associations, des citoyens et des élus réclament de renoncer à tout abattage ou, tout au moins, l’instauration d’un moratoire dans l’attente de nouvelles études d’impact, notamment sur la faune et la flore (Grand Capricorne, chauve-souris…).

 

Ceci, alors que la DGAC exige du syndicat mixte qu’il mette l’aéroport en conformité du point de vue de la sécurité aérienne en commençant les travaux au plus tard au 31 décembre. À défaut, le 1er janvier 2026, l’infrastructure de transport et de tourisme n’aura plus le droit d’utiliser les 500 mètres de piste les plus proches du bois de la Faucherie. Les avions de lignes actuels ne pourraient donc plus y atterrir.

 

Pas de nouvelle « dérogation » possible ? Non, prévient le préfet qui cite une jurisprudence récente de la cour d’appel de Marseille. Car « en cas d’accident, c’est la responsabilité pénale de celui qui aurait accordé ce délai supplémentaire qui serait engagée ». L’enjeu environnemental se double, par ailleurs, d’un enjeu économique (300 emplois sur la plateforme) et d’un débat de société : comment concilier des priorités divergentes dans l’intérêt du territoire ? Par davantage de compensations, notamment.

 

Il est en effet proposé de planter 1 500 arbres et environ 10 000 arbustes sur place, mais pas seulement. Le préfet explique que les collectivités sont invitées à faire des propositions de parcelles à boiser pour multiplier les nouveaux habitats naturels. Dès la semaine prochaine, le syndicat mixte et l’État pourraient ainsi s’engager par écrit avec « des éléments concrets à mettre sur la table ». Mais il faudra encore une partie de janvier 2026 pour entrer dans le détail des projets parcelle par parcelle.

 

Pour avancer sur ce chemin, il faudra non seulement que les défenseurs du bois l’approuvent, mais également que l’Aviation civile accepte de renoncer à la date butoir du 31 décembre. Ce qui n’était pas acquis, ce vendredi, au sortir de la réunion. En cas de refus catégorique, peut-être faudra-t-il que l’aéroport accepte de geler ses pistes aux avions de ligne durant quelques semaines, début 2026, le temps d’aller au bout des discussions. Ce qui ne serait pas neutre, en termes économiques.

 

Côté financements, pas de difficulté visiblement. Le préfet indique que le syndicat mixte prendrait à sa charge le programme tel que prévu initialement. Pour le reste, l’État pourrait puiser dans le Fonds vert, le Conseil départemental de Charente-Maritime dans le programme EVA (Entretien et valorisation de l’arbre) et la Communauté d’agglomération de La Rochelle mobiliser La Rochelle Territoire Zéro Carbone.

 

Si un accord est bien trouvé entre les parties, il restera à déposer auprès du service de l’urbanisme de la mairie de La Rochelle une nouvelle déclaration préalable de travaux dans ce bois privé appartenant à la famille Rheims, pour validation, avant de lancer le chantier.

 

Le député Falorni (groupe parlementaire Les Démocrates) était à la réunion en préfecture ce vendredi, tout comme le député écologiste de la circonscription voisine, Benoît Biteau. Dans un communiqué, il « prend acte des mesures de compensation et de sécurisation » et soutient le projet de plantation qui doit aller au-delà de la propriété des Rheims. « J’attends des collectivités territoriales qu’elles présentent très rapidement aux citoyens des lieux identifiés et des projets concrets permettant d’amplifier cette dynamique. »